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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 10:00

Dans le cadre du festival Quais du polar, fin mars à Lyon, des étudiants du groupe C1 ont participé au concours de nouvelles. Il fallait écrire un texte de 6000 signes maximum sur le thème "juste avant la nuit" avec une forme libre et une ambiance d'histoire policière.

Nous allons mettre ces textes en ligne au cours du mois de mai.

Voici donc le septième :

 



C’était notre deuxième semaine à Port-au-Prince et la pluie n’avait pas cessé depuis notre arrivée. À travers la fenêtre nous pouvions voir la pluie tomber en trombes. Il faisait froid et il était impossible de sortir : les rues ressemblaient à des rivières qui entouraient l’hôtel et sur lesquelles flottaient des voitures comme de petits bateaux dans une baignoire.

 

L’ambiance était lugubre et personne n’était dehors, à Port-au-Prince la nature est une Déesse et s’il pleuvait, cela signifiait qu’une chose terrible allait survenir. Ma copine et moi décidions alors de nous coucher, des éclairs allumaient la nuit et la foudre annonçait la tragédie. Avant de m’endormir, j’ouvris mon journal intime, et griffonnais les premières lignes de mon article, le vodou était un sujet qui me passionnait, c’était pour cette raison que j’avais décidé de venir ici, où le vodou était plus qu’une religion, c'était la façon de vivre de tous les habitants. J’ai relu les lignes une derninère fois et j’ai laissé mon cahier sur la table. J’étais en train d'éteindre la lumière quand je l’ai entendu parler, quelque chose perturbait ses rêves, cependant elle avait l’air d’un bébé, et en effet, c’est de cette façon que je pensais à elle : comme une enfant tranquille, innocente, capable de tout faire pour me plaire. Moi, par contre, j’étais l’opposée, tourmentée, anxieuse, pleine de regrets. Ensemble nous étions une excellente représentation du yin et du yang, où j’étais le côté noir et elle le point blanc qui ne me laissait pas me noyer dans mon enfer personnel. C’était à cause de moi que nous étions ici, c’était moi qui voulais fuir mes fantômes, et elle était venue avec moi pour me protéger de moi-même, même si je pensais que c’était elle qui était faible.

 

Je me suis levée, recouverte de sueur, et me suis tournée vers elle, mais où était-elle ? Sur son lit se trouvait une poupée qui m’a fait frissonner. Je suis sortie dans le couloir, personne n'était là, je suis descendue pour chercher quelqu’un qui pouvait m’aider, mais l´hôtel était désert. La seule personne qui se trouvait à l’accueil ne parlait pas français. J’avais oublié que c'était elle qui parlait créole, et maintenant j’étais seule, et si je me fiais à mes investigations, je n’avais pas beaucoup de temps pour la trouver avant que quelque chose de terrible ne lui arrive.

 

Je suis montée dans la chambre pour voir si elle était revenue, mais tout était vide. J’ai pris la poupée, je l'ai regardée pendant 5 secondes. Celui qui avait fait ça savait pourquoi nous étions ici et connaissait le vodou. J’ai entendu sonner et quelqu’un avait laissé un message sous la porte. J'ouvris la lettre qui disait «le Bokor a votre amie». Qui avait écrit ça ? et pourquoi un prêtre vodou l’avait kidnappée ? Ma cervelle tournait vite et je n’étais pas capable de penser, je suis allée chercher mes notes, la réponse devait être dedans. Quel type de rituel impliquait une poupée ? La réponse apparut devant mes yeux : transplantation de corps, le rituel le plus puissant de la magie noire. Quelqu’un voulait son corps et je devais la trouver avant que le Bokor vole son âme et laisse une autre personne occuper sa vie. Mais où étaient-ils ? Je pensais que ça n’était pas un hasard que nous soyons venues ici, tout avait été un piège, ils m’avaient utilisée pour accéder à elle mais, pourquoi elle et pas moi ? Questions sans réponses et pour le savoir, je devais la trouver. Je suis sortie de la chambre, le couloir était sombre et les seuls sons entendus étaient mes pas et la foudre qui retombait, je sentais que milles yeux me regardaient dans l’obscurité, et là, cachés dans les ténèbres, les fantômes m’attendaient, comme des vautours attendent que leur proie succombe; je les entendais parler, chuchotant, leur voix perçaient ma tête, ils m’avaient retrouvé et cette fois ci, ne me laisseraient pas leur échapper. Venir ici avait été une mauvaise décision, je me sentais prête à tomber, l’hôtel était immense et ils étaient partout, les ombres m’entraînaient dans l’abîme et je me laissais emporter, mais je me suis rappelé d’elle. Elle ne m’avait jamais abandonnée. Pendant un moment, je croyais les entendre. S'ils étaient en train de faire une transplantation de corps, ils avaient besoin d’un endroit isolé et proche de la lune. Le seul endroit qui remplissait ces conditions était dans le dernier étage. Les lampes clignotaient et l’eau s’infiltrait à travers les murs, finalement j’étais en face de la porte, je les écoutais, mon cœur battait si vite qu’il se mêlait au son des tambours. J’étais pétrifiée, incapable d'ouvrir la porte; cette porte était la barrière qui me séparait de mes craintes, c’était l’heure de faire face aux démons. J’ai ouvert la porte lentement et j'ai trouvé un spectacle qui semblait sortir de l’enfer. Au centre de la chambre elle était là, tandis que des dizaines de personnes lui faisaient mal. Je regardais les gens, ils semblaient hypnotisés, parmi eux j’ai reconnu quelqu’un, il venait vers moi, il m’a pris la main et m'a conduite vers l'autre table où devait se trouver l'occupant qui allait devenir mon amie mais. Quelle a été ma surprise quand je trouvais la table vide; et c’est à ce moment-là que j’ai tout compris, pourquoi nous étions venues ici, le côté noir de mon existence surgit, les démons me possédaient et je me suis souvenue de tout. C'était moi qui avais contacté le Bokor, j’avais inventé l´histoire de l’article pour la faire venir, ce côté de moi la voulait, c’étais moi qui enviais sa vie, c’était ma façon d'échapper aux fantômes, je voulais être elle, commencer une nouvelle vie, même si je devais la sacrifier.

 

Je suis montée sur la table, je l’entendais crier mais ça ne m’importait plus. Juste avant le lever du soleil, tout était prêt mais, soudain les murs se mirent à trembler et le toit s’est effondré. Avec lui mes désirs. Finalement elle était plus puissante que tout, elle s’était transformée en ange.  

                                                                  

                                                                      Dinelly

 

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Published by Etudiant de l'ecole interculturelle - dans Nos histoires policières
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