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            Rien à faire le samedi soir. Toi, tu es chez toi, allongé sur le canapé. Tu es seul dans ce pays inconnu où les personnes parlent un peu bizarrement. C'est bizarre. Un étranger. Un solitaire. D'un coup, tu es surpris par une envie inexplicable de courir. Tu sors en courant dans les escaliers, tu n'as même pas pensé à l'ascenseur. Et tu finis par arriver sur les quais... qui n'ont jamais été si proches.

            La nuit était plus noire que d'habitude, comme dans les bandes dessinées. Noir et blanc. Blanc à cause de la lune, qui était ronde, derrière les feuilles d'un platane. À cause aussi de la neige, tombée la veille, par terre, en attendant que l'on l'écrase. Et, toi, tu es comme ces personnages de BD, habillé d’une épaisse et jolie veste, avec de gros boutons. Tu portes aussi un chapeau. Tu peux l'imaginer comme tu veux. Il faisait un froid de canard, et toi en plus tu es un latino. Et tu te demandes vraiment si les canards arrivent à supporter ce froid de canard! Enfin quelque chose de marrant!

            Ce décor te rappelle les films policiers. C'est vraiment effrayant. Dans ton pays d'origine, il y aurait sûrement quelque chose de dangereux. C'est vraiment une atmosphère lugubre. Ces ponts, ces marches qui mènent à la rivière... Tout ça te fait imaginer des scènes horribles. Tu essaies de penser à autre chose et tu tombes dans des pensées mélancoliques!

            Derrière toi, les maisons sont comme des forteresses, unies les unes aux autres. Et tu imagines des scènes en famille, le papa qui raconte une histoire à sa petite. Peut-être une mère qui fait chauffer du lait pour ses enfants...

            Et, toi, tu es assis au bord de la rivière, depuis trois heures. Et tu ne t'en rends même pas compte. Soudainement, tu sens une main dans ton dos. Cette main te pousse et tu n'as rien à quoi te raccrocher pour éviter cette chute. Et tu plonges dans l'eau sombre qui avant te paraissait tellement belle. Glacé, le pied sur ta tête ne te laisse pas remonter à la surface pour respirer. Enfin, tu arrives à t'en sortir et deux ombres s’éloignent. Tu traînes et tu restes à côté de la rivière et tu respires à fond, épuisé. Tu vois des hommes, vêtus d'un pull à carreaux noir et blanc, ils partent. Tes doigts de pieds, tu ne peux plus les bouger ni les sentir tant ils sont froids.

            Tu croyais que les deux hommes étaient vraiment partis. Cependant, ils sont de retour. Ils s'approchent, ils sont plus nombreux, six, sept peut-être. Qu'est-ce qu'ils tiennent dans leurs mains? Tu essaies de plisser les yeux pour mieux voir. Et tu découvres qu'ils ont des battes de baseball et des poings américains. Tu essaies de t'enfuir, mais ils sont déjà à côté de toi. Tu perds connaissance au premier coup qui résonne sur ta tête... Après ça, tu ne sais plus ce qui se passe jusqu'au moment où tu te réveilles de l'autre côté de la rivière. Tu avais du sang partout. Ton nez, tu ne le sentais plus tellement tu avais mal. Et ils n'arrêtaient pas de te rouer de coups. Tu essaies de comprendre ce qui t'arrive.  Tu n'as jamais fait de mal à personne. Tu ne soutiens aucune idéologie pouvant porter à controverse. Tes comptes étaient tous réglés. Quoi alors?? Aucune explication ne te vient à l'esprit. Ils parlent d'un mot de passe ...et tu ne sais pas de quoi il s'agit.

            Tu n'arrives plus à penser... tu te sens fatigué. Tu ne sais plus où les mecs sont allés. Tu remarques que quelqu'un s'approche au bout de la rue. Tu pries pour que ce ne soit pas encore un de ces mecs. La personne s'approche, s'approche... et enfin de l'autre côté de la rue elle demande: « Ca va ? ».  Et toi: « Ca va ». Et, après quelques secondes, tu expires. Ton bras droit suspendu entre le trottoir et la rue pavée. Le gauche sur le thorax, celui où tu avais ton bracelet du Brésil. Le lendemain, un article du journal portait ce triste titre: «Un Brésilien est tué par erreur par un gang».

 

                                                                                   Ana Amélia PINTO FURTADO

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