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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 11:20

Dans le cadre du festival Quais du polar, fin mars à Lyon, des étudiants du groupe C1 ont participé au concours de nouvelles. Il fallait écrire un texte de 6000 signes maximum sur le thème "juste avant la nuit" avec une forme libre et une ambiance d'histoire policière.

Nous allons mettre ces textes en ligne au cours du mois de mai.

Voici donc le deuxième :

 

 

 

Couverts par la tempête

 

 

Les éclats d’éclair déchiraient le ciel obscurci par le soir frais. D’un coup, on vit des arbres penchés par l’orage du siècle. Le tonnerre faisait hurler tous les chiens du quartier et augmenter le volume des télévisions françaises. L’aria de tonnerre rendait muet les sirènes de l’ambulance et les clignotants de la police étaient quasiment invisibles dans la lumière pâle des lanternes.

 

Personne dans voisinage ne savait ce qui s’était passé juste à côté de chez eux. Personne, sauf les deux qui étaient en train de s’enfuir.

 

***

 

«Alain, va dormir!» dit Janna, épuisée par une journée d’une mère célibataire. Elle, venue en France pour changer sa vie sans but, s’est retrouvée fille au pair. En fait, ce métier ne lui convenait pas puisque ses origines slaves la rendaient irritable, facilement fâchée et parfois même violente. Alain, garçon de huit ans, ignorait ces mots en jouant sur ses apparences mignonnes pour reporter un peu l’heure d’aller au lit. Le garçon était une énigme pour tout le monde. Son caractère était ambigu. Gentil et souriant jusqu’au moment où on ne le caressait plus dans le sens du poil. D’un coup, il pouvait devenir fou et sans frein, nourri par l’entêtement.

 

«Va dormir, je te dis!» répéta la fille au pair. Cette fois-ci, son ton n’était pas si strict car des sons bizarres venaient du couloir. La tempête qui faisait frissonner la lumière dans le salon, les bruits du tonnerre dans le couloir avaient créé une ambiance fantomatique. Janna voulait s’approcher de la porte de l’appartement pour voir l’origine du bruit mais son corps était bloqué. Cimenté par l’effroi. Cela lui faisait penser à son enfance quand elle regardait « Les fichiers X » et après, impossible de se déplacer toute seule dans l’appartement sans allumer toutes les lumières. Mais maintenant, ils étaient seuls à la maison et les bruits continus mais modérés à coté de leur porte ne la laissaient pas tranquille. Une bonne inspiration, et c’est parti. Par l’œil de bœuf de la porte Janna vit deux inconnus tâtonnant à la serrure de la porte, éclaircis que par la lumière d’une lampe de poche. Cambrioleurs! La première idée dans sa tête était de ramper dans le coin le plus profond et ignorer ce qui était en train de se passer mais elle ne pouvait pas. Il fallait appeler la police. Merde! Janna marcha à tâtons pour atteindre le téléphone. C’était quoi le numéro du commissariat? Comme elle n’avait jamais eu besoin de le savoir, elle ne l’avait jamais retenu. Heureusement, la mairie de la ville envoyait toujours des prospectus avec des numéros les plus importants. Mains tremblantes, Janna appuya sur le 17.

 

«Allô, la police? Y’ades criminels au 72 rue de Charlemagne! Troisième étage. Je crois qu’ils…» Ligne interrompue. Un autre tambour de tonnerre. Apparemment, c’est la foudre qui avait abîmé les câbles téléphoniques. Janna n’aura plus aucun remord à ne pas venir en aide à ses voisins qu’elle ne connaissait même pas. Le silence dans la salle de bain insinuait que le garçon avait complètement ignoré ce qu’elle lui avait dit. Ça la rendait nerveuse. Elle sentait que ses poings se serraient.

 

«Alaaain!» cria Janna. C’est bizarre comme les cambrioleurs l’avaient influencé. Elle sentait l’adrénaline. La force. La colère. Cela la poussait vers la chambre du garçon. Tout à coup, un bruit éclata dans sa chambre. En entrant dans la salle, Janna vit des morceaux de verre jetés partout. Alain avait cassé la lampe de chevet et dans ses yeux, on ne pouvait voir que l’amusement. Le sang de la fille au pair commençait à bouillir.

 

«Mais qu’est-ce qui t’arrive? Tu devais être déjà dans ton lit! Et maintenant tu casses la lampe. Ramasse!» Janna ne pouvait pas s’empêcher d’augmenter sa voix.

 

«Non,» répondit Alain en croisant les bras sur la poitrine.

 

«Comment – non? Tu l’as cassé, tu ramasses!» Le ton têtu du garçon fâcha la jeune femme.

 

«Non!» Il aimait tester la patience de Janna. Et comme il savait que son père n’était pas à la maison, il n’aura pas de punition pour son comportement. Les joues de Janna brûlaient. Les poils se dressèrent sur son cou. Elle serait les poings avec tant de force que ses mains commencèrent à trembler.

 

«non, Non, NON!» singea gamin.

 

D’un coup, une gifle éclata sur la joue d’Alain, tout comme l’éclair scinda le ciel derrière la fenêtre. Son visage devint rouge et une ombre croisa son regard. Comme un chien qui allait attaquer un ennemi, il râla et poussa Janna. Ne pouvant pas garder l’équilibre elle tomba en arrière, directement sur la lampe cassée. La lampe dentelée s’enfonça dans le poumon gauche de Janna.

 

Fatal.

 

Le garçon, paralysé par le choc, regardait le sang qui se répandait sur le parquet châtain. Il ne remarquait pas qu’il avait tapé sur un tesson. À ce moment-là, une sonnette ranima le moment mortel. Le père rentra. Voyant le cadavre, des milliers de pensées traversèrent sa tête.

 

Est-ce vraiment son fils qui a commis un crime ?

 

Qui est responsable si un mineur tue quelqu’un ?

 

Que va-t-il se passer avec son entreprise ?

 

Qu’est-ce qui lui arrive? Pourquoi lui?

 

Il a peur.

 

Soudain il entendit les sirènes de la police. Sans vraiment décider de la suite, il attrapa la main d’Alain et le traîna vers la porte. Personne n’était dans le couloir. Ils s’échappèrent par l’escalier qui menait directement dans le garage.

 

***

 

Trois policiers entrèrent dans le couloir du troisième étage. Tout paressait calme. La jeune femme qui avait téléphoné au commissariat n’avait pas indiqué l’appartement où étaient les cambrioleurs. Mais il y avait une porte laissée un peu ouverte. La lumière du salon frissonnait encore car l’orage n’avait pas cessé. Ils vérifièrent les pièces. L’ambiance était glauque. Ils sentirent l’odeur du sang. Finalement, l’un d’eux gagna la chasse au trésor– il trouva la jeune femme morte. Bizarre…est-ce la même qui avait appelé la police? Qui l’avait tué? La trace sanglante d’un petit pied donna une idée. Une idée incroyable.

 

 

                                                                                 Ginta Kalnina, lettone

 

 

                                                                                

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Published by Etudiant de l'ecole interculturelle - dans Nos histoires policières
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